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dimanche 5 juin 2016

Lobbying et groupes d’intérêts : quel avenir pour la citoyenneté ?


En France les premières études consacrées au lobbying ont fait leurs apparitions dans les années 80. Avec notamment l’ouvrage de J.A Basso consacré aux groupes de pression. L’auteur indique alors qu’il s’agit d’un mode d’action réservé à la civilisation Anglo-saxonne et qu’il n’existe rien de comparable en Europe continental, à l’institution du lobbyisme tel qu’elle se pratique aux Etats-Unis par exemple.

Pourtant la situation a sensiblement évolué notamment depuis 1978 et l’adhésion de la Grande-Bretagne, à mesure que le lobbying entrait progressivement sur l’échiquier politique. Une entrée remarquée notamment au niveau Européen, où il fait d’ailleurs l’objet d’incitations de la part d’une Union en quête permanente de consultations et d’expertises.

Dans la revue Sciences Humaines le chercheur Xavier Molenat, auteur d’un article intitulé "lobbies et groupes de pressions", définit le lobbying comme étant "l’action d’un groupe organisé qui vise à infléchir les politiques publiques dans un sens favorable aux intérêts du groupe". Elle exclue la participation aux élections et évoque l’emploi de moyens détournés pour influencer le circuit décisionnaire. Cette définition englobe les organisations d’actions collectives, comme les associations, mais aussi les mouvements sociaux, les entreprises ou les acteurs individuels qui peuvent occasionnellement adopter un comportement de groupe d’intérêt.  Cette définition permet de considérer la démarche plutôt que le degré d’organisation de ces groupes et d’inclure plus que les seuls groupes d’intérêts économiques.

Historiquement la France à une attitude méfiante concernant les groupes d’intérêts. Les origines de cette méfiance remontent certainement à la seconde moitié du XVIème siècle et aux principes du corporatisme. Elle atteint son apogée à la Révolution où plusieurs lois viennent interdire la création de ce que l’on appelle alors les "corps intermédiaire" entre le peuple et l’état. Ces corps qui selon Rousseau "entravent l’expression de la volonté générale, qui ne saurait émaner que de la délibération des citoyens". La plus emblématique de ces lois étant la Loi Le Chapelier, votée en 1791 qui vise à interdire les coalitions des patrons au même titre que celles d’ouvriers avec l’idée qu’ "il n’y a plus de corporation dans l’Etat ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général. Il n’est permis à personne d’inspirer à un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un intérêt de corporation."

Il faudra alors attendre 1884 et la Loi Waldeck-Rousseau autorisant les syndicats, puis la loi de 1901 consacrant le droit d’association, pour que les "corps intermédiaires" fassent à nouveaux leur entrée dans le champs politique et social en France. Il est intéressant de noter que sous Vichy le gouvernement tentera de rétablir les prérogatives corporatistes achevant ainsi sans doute d’associer une connotation négative aux groupes d’intérêt.

C’est semble t’il le déclin de l’équilibre binaire du système reposant sur le citoyen et ses représentants qui a précipiter l’émergence de ce que E. Grossman qualifie de "système fonctionnel". Déclin qui semble donc profiter aux modes d’actions des groupes d’intérêts. L’auteur y voit d’ailleurs une tendance qui serait à l’origine d’une nouvelle organisation politique. Une organisation qui prendrait ses racines et fonderait sa légitimité sur des instances parallèles à celle institutionnalisé par le système représentatif. 

Un système dans lequel, d’une manière ou d’une autre, des groupes n’ayant d’autres légitimités à exister que celle qu’ils se confèrent, participent à la délibération publiques.  Ces groupes contribuant à attirer l’attention des pouvoirs publics sur tel ou tel sujet, participant à des manifestations ou à des événements, créant  les conditions d’échanges citoyens, etc. Mais pouvant aussi prendre la forme d’un outil d’influence professionnalisé. On peut d’ailleurs noté la création d’un véritable marché du lobbying avec l’apparition d’agences spécialisées qui disposent de moyens de plus en plus élaborés pour exercer leur influence.

Il existe des lobbies permanents et des lobbies plus éphémères qui se forment et se délitent en fonction des besoins. On peut également différencier les lobbies qui exercent leur activité ouvertement voir de manière quasi institutionnelle et celles des groupes de pressions qui exercent leur influence de manière plus détourné voir secrète et qui nourrissent certainement la suspicion populaire à l’égard de ces modes d’actions. G. Lamarque, auteur d’un ouvrage sur la question, dresse des distinctions qu’il juge fondamentales, entre différents types de lobbying.

Les Syndicats, ouvriers, ou patronaux, les organisations professionnelles sont à ce titre "des organisations dont le lobbying est au moins une des finalités mais qui réfutent la qualification de lobby au nom de sa connotation péjorative". Si les syndicats ont longtemps étaient jugés comme nuisibles par l’état, ils occupent aujourd’hui une place quasi officielle dans les institutions. Parallèlement à leur mission de représentation des salariés ils exercent certaines prérogatives de puissance publique. Puisqu’ils sont appelés à participer aux concertations et aux débats dans le cadre de leur rôle de "partenaires sociaux".

Il existe aussi des "personnes morales qui, sans être des lobbies, font du lobbying à titre principal ou accessoire". Ce sont des structures contingentes du lobbying qui prennent la forme de cabinets spécialisés. Ce sont par exemple des consultants en management, en communication, en marketing politique ou des avocats qui revendiquent une spécialisation en lobbying. On constate en effet le développement d’un véritable marché du lobbying faisant appel à des ressources et à un savoir-faire précis. Non pas concentré sur un secteur social spécifique mais plutôt tourné vers une activité de lobbysme "pur" transversale. D’anciens négociateur, hommes politiques (Tony Blair, Bill Clinton,…) ou hauts fonctionnaires trouvent dans le lobbyisme une opportunité de reconversion professionnelle dans le secteur privé. Les lobbyistes professionnels étant le plus souvent des hommes de relations publiques rompus à la négociation et qui disposent de sources d'informations ainsi que d'appuis dans la plupart des centres de décision.

De telles activités sont cependant toujours relativement réduites en France où les mentalités assimilent encore largement le lobbying à la corruption et au trafic d’influence.  Sans doute considéré à la limite de la légalité car mal ou peu encadré par la législation. Elles existent toutefois mais prennent souvent des formes plus détournées comme dans le cas des pôles de compétitivité qui exercent bien souvent une activité de lobbying au moins à titre annexe. 

Il existe des "lobbies convaincu de faire du lobbying et dont on peut estimer après examen qu’ils n’en font pas." C’est une situation particulière, celles des réseaux d’anciens élèves de grandes écoles, des clubs de notables ou des cercles de réflexions. La formation des élites est en effet à l’origine de la création de véritables réseaux d’influences. Pourtant faire partie d’un réseau ne signifie pas forcément s’inscrire dans une activité de lobbying. Même si on constate souvent la propension des élites administrative à investir différents centres du pouvoir. La forme particulière de l’administration, hiérarchisé et divisé en corps, le contrôle démocratique et l’interrelation des contres pouvoirs ne permet pas aux réseaux d’anciens élèves de former une corporation uniforme et d’exercer une trop forte influence sur les instances de l’Etat.

En fait ces formes de réseaux de ne correspondent à l’action lobbyiste que dans la mesure où ils font en sorte de promouvoir les intérêts de leurs membres en tissant des liens de solidarités professionnels entre les anciens élèves ou entre les anciens d’une même organisation. Cela n’en fait pas des instances de lobby permanentes mais plutôt des acteurs qui savent réagir avec efficacité à toute remise en cause de leurs intérêts.

Le lobbying viserait donc à exercer une influence dans tous les domaines de la société, politique, social et économique mais plus encore il deviendrait partie intégrante du système politique.

L’exemple américain met les groupes de pressions à la base de la vie politique. Dans ce système que l’on qualifie de "pluraliste" les phénomènes politiques sont compris comme des phénomènes de groupes faisant pression les uns sur les autres, s’influençant les uns les autres et produisant de nouvelles organisations et formes de représentations afin de négocier des ajustements politiques. L’équilibre d’un tel système serait alors assuré par le principe du "check and balance" qui empêcherait théoriquement la domination durable d’un groupe par l’émergence permanente de nouveaux contre-pouvoirs, c’est à dire de groupes en opposition au groupe dominant.  Bien qu'il ne soit pas institutionnalisé de la sorte c'est, dans une certaine mesure, également l'idée sur laquelle semble reposer le système européen.

Cette vision de l'équilibre politique est proche de la théorie libérale de l'auto régulation du marché économique. Le rôle de instances dirigeantes est alors réduit à celui d'un bureau d’enregistrement des rapports de force entre groupes d’intérêt. Le risque latent étant que les groupes plus puissants l’emportent systématiquement sur les autres, ou encore que l'Etat deviennent de plus en plus difficile à gouverner face aux injonctions contradictoires émanant de la société.

L’exemple Allemand ou Autrichien est plus proche d’un système que l’on peut qualifier de néo-corporatiste. Dans lequel les individus font partie d’un nombre limité d’organisation auxquels l’adhésion est obligatoire. Elles sont souvent crées et/ou légitimées par l’Etat qui leur accorde un niveau de représentation dans les secteurs qui les intéressent en échange d’un contrôle dans le processus de sélection de ses dirigeants et de la formulation des demandes politiques que ces organisations véhicules. 

L'influence des groupes d'intérêt concerne le plus souvent, aux yeux de l’opinion publique, des enjeux économiques. Et de fait, la crainte ou l'espérance de retombées économiques semble à l'origine de la plupart des actions de lobbying. Car les groupes de pression ne sont pas des services publics financés par l'impôt. Leurs interventions ont donc un coût qui ne peut se justifier pour les adhérents du groupe que par les répercussions attendues d'une décision publique. Ainsi les entreprises et les grands groupes industriels, directement ou pas, engagent des actions de lobbying uniquement parce qu'elles y voient le moyen d'améliorer leurs bénéfices, leurs conditions d'existences sur le marché, ou seulement dans le but de faire disparaître une menace pesant sur leurs intérêts économiques suite à une décision des pouvoirs publiques.

Sur le plan social l’action des groupes d’intérêts ce fait dans le cadre théorique d’une forme de démocratie associative qui fait une large part à la concertation. Les associations assimilées à des groupes d’intérêts peuvent alors contribuer à renforcer la souveraineté populaire et l’égalité politique. Elles sont en mesure d’améliorer l’équité, la conscience civique et finalement renforcer la légitimité des décisions prises par l’Etat. Pourtant cet idéal semble loin d’être atteint. La difficulté provenant essentiellement de l’extrême hétérogénéité de ces groupes à la fois dans leurs formes, leurs organisations et dans leurs implications dans les rapports du pouvoir. Leurs domaines de prédilections sont le plus souvent la défense de l’emploi, la prise en compte des spécificités des secteurs pour lesquelles elles agissent, la promotion de nouvelles politiques sociales ou leur maintient. Des domaines qui impliquent donc également des conséquences économiques.

Il existe un large éventail de moyens que ce donnent les différents groupes d’intérêts pour parvenir à leur fin. La loi sur le Financement de la vie politique voté en 1995 (qui interdit notamment le financement direct des campagnes électorales par les entreprises) encourage d’ailleurs une diversification des actions engagées notamment par certains grands groupes dépendant des commandes publiques comme Bouygues (infrastructure) ou Dassault (armement).

Les actions de lobbying impliquent de nombreux paramètres et sont par natures multi directionnelles. Elles peuvent ainsi agir via la mobilisation des autorités, des médias, de l’opinion publique et des sympathisants de la cause notamment à travers des protestations ou des manifestations. La maitrise de la communication et un travail approfondis sur l'information sont des piliers du travail de lobbying.  A la fois par la prise d’information direct sous la forme de veille stratégique, d’études scientifiques, de sondages, la publication de livre blanc, etc. Mais aussi par l’usage de la communication de masse dans le cadre de l’utilisation d’internet ou des médias nationaux comme relais de revendication visant à emporter l’adhésion de l’opinion publique.

Parmi la palette d'outils à sa disposition le lobbyiste peut aussi faire appel à la juridisation, c’est à dire à l'instrumentalisation du pouvoir judiciaire pour la défense d’intérêts. La maitrise du droit étant bien entendu un élément essentiel considérant que, bien souvent, le rôle d'un lobby est de créer une nouvelle norme, de supprimer ou d’infléchir une norme existante. L'analyse juridique est dès lors une condition d'efficacité de l’action. En effet un lobby peut se contenter de présenter des recommandations globales dépourvues de propositions concrètes mais la véritable stratégie d’un lobbying efficace suppose plutôt que le groupe d'intérêt procède à une mise en forme juridique de ses demandes. La plupart du temps c'est l'apanage de puissantes institutions dont les collaborateurs doivent parfaitement maîtriser les techniques et le langage de l'action administrative.

Qu'elles soient spectaculaires, ou plus discrètes ces actions en appelle à un vaste réseau de soutiens  ou à défaut judicieusement employé ainsi qu'à des moyens financiers importants.

Mais ces modes d’actions interrogent également notre conception de la démocratie et de ces deux éléments structurants que sont la négociation et la consultation en posant une question essentielle. Comment les citoyens moyens peuvent-ils espérer influencer la décision publique et défendre leurs intérêts face à des organisations spécialisées mieux structurées et mieux préparées ? Des organisations maitrisant l’ensemble des outils évoqués plus haut. Deviendra t’il obligatoire au 21ème siècle de participer à un groupe de pression ou à une association pour être considéré et agir pleinement en tant que citoyen ? Que reste t’il entre le vote et la protestation ? Le débat reste ouvert.

vendredi 27 mai 2016

Megalopole européenne et maitrise des flux logistiques, faut-il regarder vers l’Est ?

Une mégalopole est avant tout un puissant nœud de confluence, de rencontre et d’interaction de personnes, de cultures, de flux (financiers, logistiques). Un vortex bouillant et tourbillonnant  qui attire,  distribue, exploite, impact et transforme d’une infinité de manière son environnement direct, le monde, mais aussi elle-même et les éléments qui la composent. Elle est à la fois centre de création (d’innovation, d’art, mais aussi d’émergence de talents), de distribution, de rayonnement (économique, culturel, technique) mais aussi un pôle d’attraction et de captation de flux, de talents, etc.

On comprend donc que d’un point de vue géostratégique le positionnement d’une mégalopole au sein des réseaux d’échanges mondiaux soit un enjeu majeur de son développement.

Les dynamiques d’émergences et d’évolutions d’une mégalopole dans le temps et dans l’espace sont des mouvements qu’il est difficile de saisir pleinement tant ils impliquent une multitude de caractéristiques structurantes et de potentialités. L’idée même de mégapole présente un certain paradoxe. Paradoxe qui pourrait être compris à la fois comme une dissonance et comme une harmonie. Une dissonance que l’on pourrait qualifier de territoriale et qui se traduirait par une fragmentation de l’espace inhérente à la constitution de grands ensembles agglomérés. Une harmonie en tant qu’elle est au cœur du jeu de dépendance et d’interrelation des territoires. Cette interrelation agissant à la fois à l’intérieur d’un ensemble que l’on choisi de caractériser comme mégapolitain mais aussi en dehors de celui-ci avec le monde entier.

La mégalopole semble donc se positionner à l’articulation entre fragmentation et dépendance territoriale. Elle est le cœur d’un système complexe qui doit créer les conditions d’une fluidité des échanges et des interactions au sein de sa sphère d’influence mais aussi vers et avec l’extérieur. Elle est donc à la fois une porte et un relais menant vers d’autres portes.

Or certaines études suggèrent l’émergence d’une vaste mégalopole réticulaire à l’Ouest de l’Europe.

Mégalopole - Le vortex Européen
Elle est issue des représentations d’une "Dorsale Européenne" ou d'une modélisations étendue du "treuillage Européen". 






Ses frontières sont encore confuses mais on pourrait la situer dans un espace comprenant entre autres des métropoles tel que Londres, Rotterdam/Amsterdam, Paris, Berlin/Francfort. Elle se prolongerait dans une moindre mesure vers le Sud, avec Marseille, Barcelone et Milan.  Pour esquisser cet ensemble, ces études se sont basées sur les volumes d’échanges, la densité des outils de production et de réseaux d’infrastructures (d’énergies et de transports), la démographie, mais aussi sur le rayonnement culturel et financier des métropoles qui la composent.  

Pour une mégalopole, maitriser et accompagner les flux de marchandises ou de personnes au niveau infra et supra régionaux sont des enjeux stratégiques déterminants. Non seulement au niveau économique, puisque le secteur logistique pèse près de 130 Milliard d’euros en Europe, mais aussi au niveau stratégique et géopolitique.

La tendance mondiale du transport est au maritime. Le secteur drainant près de 80% des échanges de marchandises dans le monde. Celui-ci à d'ailleurs connue une progression de 3,4% en 2014 pour atteindre le niveau record de 9,8 milliards de tonnes. Une progression significative alors que le commerce mondiale de marchandises connaît lui un léger recul. Cette suprématie s’explique par l’intensification des échanges corrélés à la nécessité d’une réduction des coûts logistiques. Réduction que permet le transport maritime mais surtout la conteneurisation. D’ailleurs la tendance à la conteneurisation est telle que la compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique (CEIS) déclare :  "les trafics non conteneurisés sont appelés à disparaître totalement dans les années à venir". Hormis précise le rapport "pour ce qui est des flux régionaux, intra-européen ou méditerranéen par exemple". Le fret conteneurisé ayant en effet connu une hausse de quasiment 6% sur l’année 2014.

L’Ouest de l’Europe avec le positionnement stratégique de ses ports littoraux et les infrastructures modales qui les prolongent dispose d’un potentiel certain. Pourtant de nombreuses interrogations persistent concernant le développement de futures infrastructures.

Pour répondre à ces défis il semble donc nécessaire, de se doter ou de développer, à la fois :

- Des infrastructures portuaires de hautes capacités, capable d’accueillir les flottes de navires conteneurisés et les nouveaux navires vraquiers et métayers de plus en plus imposants.

- Un réseau de ports de tailles moyennes à destination des échanges régionaux et du cabotage.

- Des nœuds logistique multi-modaux (routier, ferré, fluviaux) permettant une pénétration régionale des flux de marchandises.

Importance d’autant plus marquée pour l’Europe, qui doit conserver sa centralité et sa capacité à répartir les flux.

Dès lors il est essentiel de déterminer et de prendre en compte les grandes dynamiques internationales. De ce point de vue, si les volumes d’échanges entre l’Europe et les Etats-Unis sont toujours très importants, l’intensification des flux avec l’Asie et la volonté politique marqué du gouvernement Chinois pourraient modifier les équilibres. En 2014, alors que les échanges trans-pacifique augmentaient d’environ 6%, ceux entre l’Asie et l’Europe ont connu une croissance de plus de 7,5%. L’Asie étant, ce n’est un secret pour personne, la région dominante en terme de volume de marchandise entrante et sortante.

Aujourd’hui la plupart des marchandises venues d’Asie traversent deux océans passant par le canal de Suez ou de Panama avant d’atteindre l’Europe. Toutefois cette situation est sans doute conduite à évoluer et on ne peut donc faire l’économie d’une réflexion stratégique autour des nouvelles routes que ces marchandises emprunteront dans un futur proche. Des projets de grandes ampleurs, comme celui de la  "Nouvelle Route de la Soie" ("one road, one belt"), initié par le gouvernement Chinois en 2013 en partenariat avec la Russie et le Kazakhstan, interroge la pertinence de nos perspectives sur les échanges supra régionaux. Le projet ayant pour objectif de créer une boucle logistiques comprenant l’Asie, l’Afrique et l’Europe.

One Belt, One Road
Nouvelle Route de la Soie

En effet, à l’Est des chantiers titanesques sont initiés en ce moment même. Des projets tels que celui d’un pont enjambant le Détroit de Kertch en Crimée, de l’autoroute de la Mer Noir, de l’aménagement de l’ancienne Route de l’Or reliant historiquement l’Asie et la Scandinavie et passant par le Tatarstan. Des importants investissements réalisés par la RZD (compagnie de chemin de Fer Russe) pour relier toutes les villes Russes par des lignes à grandes vitesses mais aussi l’Asie à l’Europe et même les Etats-Unis par le Détroit de Béring, Le projet de tunnel sous le détroit ayant reçu le feu vert en 2011. Ce développement d’un axe logistique Eurasien s’incarnant également dans l’acquisition de GEFCO, fleuron de la logistique européen, par cette même compagnie ferroviaire Russe, avec l’objectif d’en faire sa tête de pont dans la région.

Si nous ne sommes pas capables de nous associer à ces vastes projets, ils seront menés sans nous et peut-être à notre dépend. Attendre et espérer un échec de nos partenaires serait sans aucun doute une erreur. Ne faudrait-il pas plutôt que l’Europe saisisse ce qui se joue à ses frontières ? Elargisse sa focale au delà du TAFTA et de ses partenaires historiques les plus proches, pour porter son regard vers l’Est, appréhender les changements qui viennent et les accompagner à défaut de les avoir anticiper ? Et sachant que ces vastes projets sont moteurs pour l'économie des états, nous y associer, dans l'esprit des grands travaux qui ont soutenus le développement économique des 30 glorieuses, ne pourrait-il contribuer à la reprise économique en Europe ?