lundi 16 mai 2016

Politique et média : Le temps s’accélère ?





Dans une société qui semble s’accélérer et se compliquer chaque jour davantage, comprendre le monde, ses enjeux politiques ou sociaux apparait de plus en plus difficile. Les médias sont à ce titre une paire de jumelle qui devrait nous permettre de voir un peu plus loin que ce qui se passe sur notre palier ou dans notre quartier. 

La définition des médias est multiple ; outils d’information, de propagande ou encore de dialogue sociale. c'est une entreprise à part à biens des égards. Mais dont la nature purement privé en fait aussi le jouet des règles économiques normatives et la pousse donc à suivre une logique de recherche de profit et d’audimat, donc de sensationnel.


Alors que l’action politique nécessitent du temps, de l’analyse et de la perspective, les médias privilégient une représentation du dialogue sociale et de la politique centrée sur des événements marquants et souvent sortis de leurs contextes. Il s’agit par exemple de mettre en scène les formes traditionnelles ou non du conflits : grèves, manifestations, tweets assassins, vidéos prisent sur le vif via un smartphone fournissent en effet des images plus frappantes et donc plus susceptibles de faire sensations. Malheureusement cette mise en scène ce fait au détriment des débats citoyens ou des négociations feutrées conduites dans le calme, parfois précaire, des officines gouvernementales. 


De même,  il n'est pas possible, pour tous les auditeurs/spectateurs/internautes, et donc les citoyens, qui souhaitent comprendre le monde qui les entoure, de se forger une opinion basée sur une vue d'ensemble de la situation et de ses enjeux. 


Car les médias mettent plus volontiers en avant les rapports de forces, entre groupes ou personnes, plutôt que les concertations, les enjeux ou les idées. Et si parfois ils sont tenus d'en souligner les idées et les enjeux c'est dans un délai très court, de façon souvent simpliste, sous forme de débats télévisés par exemple. Débats dans lesquelles la plupart des participants parlent tous en même temps, ainsi que la ou le présentateur(trice) qui tente de les ramener à un peu de retenu. Autant dire tous de suite que le message n'est pas explicitement clarifié par ce type d'exercice.

Le mouvement « Nuit Debout » est un exemple parlant de cette polarisation médiatique sur les formes de conflits. On en retient plus volontiers les affrontements avec les forces de l’ordre ou l’exclusion manu militari de certains personnages médiatiques plutôt que les discussions qui rythment les nuits et les jours des acteurs du mouvement. 


Or les médias sont amenés à peser sur les agendas politiques et parfois même sur les mutations sociales au sens large. Mais alors comment admettre des analyses basées essentiellement sur des approches parcellaires et sélectives des enjeux ?


De nombreuses explications peuvent être avancées pour comprendre cette distorsion ; dévalorisation du domaines des questions sociales en général et du journalisme sociologique, manque d’expertise des journalistes pour traiter la complexité des différents dossiers, contraintes financières et logique marchande de renouvellement de l’offre et de quête du sensationnel, contribuent à dénaturer et à décrédibiliser le discours médiatique.


Pourtant la logique économique n’est peut-être pas l’unique explication. L’accélération techniques des flux d’informations et plus largement les modifications fondamentales de notre rapport au temps semblent, elles aussi, contribuer au phénomène.


Certains auteurs comme Hartmut Rosa ont récemment étudiés cet aspect. Dans son ouvrage sur «l’accélération, une critique sociale du temps» [1] H.R pointe notre rapport au temps comme un phénomène structurant de l’histoire, de nos modes de vie et plus largement des mutations sociales et de la modernité. 


Il avance l'idée que, grâce aux avancées des nouvelles technologies, l’homme est capable de réaliser plusieurs actions en parallèles et d’accomplir plus rapidement un certain nombre de tâches. Pour le dire autrement le nombre d’actions par unité de temps augmente considérablement (aujourd’hui en une heure je peux rejoindre une autre ville en train, tout en étant en contact avec mes amis et/ou collaborateurs, en avançant sur l’écriture d’un article et en me tenant informé des nouvelles via facebook ou autre tweeter, etc.). 


Cette concentration d’un grand nombre d’action par unités de temps génère un brouhaha incessant qui parasite les possibilités d’analyses. Tout devient instantanée, présent et ce qui ne l’est pas n’existe plus ou perd rapidement toute consistance dans un immédiat qui semble s’étirer à l’infini. 


Dans le cas du traitement médiatique, non seulement la logique économique favorise l’apparition de sources d’informations parcellaires, orientés mais pour ne rien arranger l’actualité fait également l’objet d’un chassé croisé permanent. Tous les organes d’informations étant lancés dans la même course : être à l’origine de tel ou tel nouvelle. Celle-ci induit des réactions de plus en plus rapides et confuses de la part des médias mais également la production d’une information souvent non vérifiée et donc potentiellement inexacte. 


On constate au quotidien la réduction de la durée de vie d’une actualité. De quelques secondes, minutes, ou user jusqu’à la corde pendant 24H par toutes les chaines d’informations continues pour être ensuite jetée aux oubliettes. Les réactions se font uniquement à chaud, les journalistes ont finalement à peine le temps de décrire et encore moins d'analyser l'actualité, les gens de la comprendre qu’elle est déjà éclipsée par une autre. Nous sommes alors pris dans ce temps présent très court ou des faits rapportés en début de journée perdent toutes valeurs le soir même. 


Cette accélération ne permet pas au citoyen d’utiliser les médias comme une lunette d’observation du monde. Cela reviendrait à avoir une paire de jumelles qui ne permet que de voir les objets qui sont prêt de nous et ce pendant quelques instants seulement. On aurait du mal à envisager l’utilité d’un tel artefact. 


Le monde politique lui-même, est pris en étau dans le temps de l’information et son caractère instantané et émotionnel. L’action politique se fait alors en réaction à un événement terrible et touchant, la mort d’un enfant mordu par un chien (loi sur les chiens dits « dangereux »), l’enlèvement d’un enfant par un récidiviste (loi sur la récidive). Evidemment il ne s’agit pas de dire que ces lois n’auraient pas du être promulguées mais plutôt d’envisager qu’elles auraient pu être mieux élaborées, dans d’autres conditions et pas dans le « feu de l’action ». 


Car pris dans cette instantanéité, le temps accordé à la délibération et à la réflexion se raréfie. Or ce temps n’est-il pas une nécessité pour élaborer et mener à bien une vision et un projet politique en Démocratie ?


Cette accélération impact directement la sphère politique que l'on considère encore comme l'échine de nos organisations occidentales. Ainsi le parti victorieux est rarement celui qui présente les meilleurs arguments ou le meilleurs programme, mais plutôt celui qui sera doté des meilleurs communicants, de fonds importants (qui vont lui permettre d’apparaître dans tous les médias), des images les plus frappantes, ou des phrases les plus accrocheuses. 


Cette situation s’illustre parfaitement dans les primaires américaines qui ont débutées en 2016. On y voit les candidats principaux et plus particulièrement Donald Trump redoubler de phrases chocs et de propos injurieux pour exister en permanence dans les médias, sans que l’on en apprenne beaucoup plus sur le contenu de son programme. 


Mais tout n’est peut-être pas perdu ! Les nouvelles technologies ont en effet permis l’émergence d’un grand nombre de nouveaux médias qui permettent d’accéder à une information alternative et parfois plus spécialisée, direct ou documenter. S’informer ne sera pas forcément plus simple, puisque l’usager devra lui-même faire le tri et recouper les sources mais il convient au moins d’y voir une piste à explorer et peut-être un espoir pour le futur. 













[1] Hartmut Rosa, Accélération. Une critique sociale du temps, La Découverte, coll. «Théorie critique», 2010, 474 p.

vendredi 13 mai 2016

Etre, c'est être relatif.

Les données d'Aristote et de ses disciples sur la science de son temps constituent probablement ce qu'on pouvait savoir de plus précis à son époque.

Ses successeurs, deux milles ans durant, sous entendirent pour la plupart que ces vérités étaient valables de tous temps. 

Dans des années moins lointaines, de nouvelles méthodes de mesures et d'analyse détruisirent nombre de ces vérités. Néanmoins elles continuent d'être la base des opinions et des croyances de notre temps. 

La logique bivalente selon laquelle raisonne la plupart des penseurs et des composants de notre société pourrait être désignée comme Aristotélicienne (A) et la logique polyvalente que promeut la sémantique générale comme non Aristotélicienne (Ā). 

Aristote très doué, influença probablement le plus grand nombre de gens qui aient jamais subi l'emprise d'un seul homme. Notre drame commença lorsque le biologiste Aristote (ou philosophe organique) pris le pas sur le mathématicien et philosophe Platon. Aristote combina tout les identités primaires, tous les postulats subjectifs en un système impressionnant. On a donc donné son nom aux doctrines bi-spéculatives dites aristotéliciennes. A contrario, nous appelons les réalités poly-spéculatives non aristotélicienne ou non-A.

Voici quelques uns des non Axiomes du Ā :


. La Sémantique Générale dont est issu la logique non aristotélicienne est une discipline et non une philosophie. 

. La Sémantique traite de la signification ou des significations des mots. La Sémantique Générale traite des rapports du système nerveux humain et du monde extérieur, et par suite elle englobe la sémantique. Elle tend à devenir une méthode d'intégration pour toutes pensées et toutes expériences humaines.

La Sémantique appliquée à la compréhension sociologique s'attacherait à interroger les évidences afin de parvenir à la conscience d'abstraire. Cela revient d'une part à comprendre la polyvalence qui caractérise les phénomènes/mots/idées qui composent la pensée. Tout en gardant à l'esprit le principe de simultanéité qui définit la polyvalence des éléments qui structure la pensée. 

. La carte n'est pas le territoire, le mot n'est pas la chose qu'il exprime. Chaque fois que nous confondons la carte et le territoire nous générons un trouble sémantique qui s'enracine et se répercute dans la pensée. Il persiste tant que l'on a pas reconnus les limitations de a carte.

. Il ne faut pas oublier l'inter-action. En effet un jugement peut concerner la réalité (le fait) mais il peut aussi concerner un jugement concernant la réalité (le fait). 

. Lorsqu'il émet un jugement sur une action ou un événement, un individu abstrait une partie seulement de ses caractéristiques afin de désigner la chose. S'il dit : "cette chaise est noir." Il devrait indiquer que la noirceur n'est qu'une de ses qualités et, garder à l'esprit - avoir conscience - au moment où il parle, de ses autres multiples caractéristiques. Cette conscience d'abstraire constitue un postulat obligatoire pour un individu qui souhaite suivre un mode de pensée basé sur les principes Ā. 

. Utiliser des références est indispensable dans la création de tout langage structuré. Par exemple "le conscient" ou "l'inconscient"  sont deux termes descriptifs utiles ; mais il reste à prouver que ces termes eux même reflètent avec précision l'existant. Tout comme certains des mots, des expressions, des idées que nous utilisons, il existe aussi des cartes sur lesquelles nous manquons de renseignements précis ou dont nous ne sommes pas absolument certain de l'exactitude. 

. Pour rester sain d'esprit, il faut qu'un individu se rende compte qu'il ne peut connaitre tout ce qui peut être connu. Toutefois, il n'est pas suffisant de comprendre cette limitation sur le plan intellectuelle. Cette compréhension doit s'inscrire dans un processus ordonné jusqu'à devenir automatique, sur le plan inconscient, comme sur le plan conscient. Un tel conditionnement, une telle discipline est essentielle dans la recherche de la connaissance. 

. La pensée non Aristotélicienne est destinée à des individus finis ne pouvant comprendre que partiellement les caractéristiques quasi infinies des objets que leur pensée abstrait. L'essentiel est donc avant tout de rester conscient, de comprendre la signification multi-ordinale des mots et des choses sur lesquelles portent ses idées et des approximations que le langage nous oblige à faire pour les transmettre. 

Extraits de Science and sanity cités dans Le cycle du Ā de Van Vogt. 



mercredi 11 mai 2016

Sur ce site je vous proposerai de réfléchir avec moi, sur différents sujets : sociologie, politique, géopolitique, enjeux des avancés technologiques. Dans cette démarche votre soutien et surtout vos contributions sous formes de commentaires ou d'articles seront bienvenues. 

J'écrirai essentiellement sur les éléments liés à ces sujets et à leur influence sur l'évolution de nos modes de vies, de nos pensées, de nos manières d'êtres. C'est un exercice qui est bien trop souvent délaissés par nos institutions, nos représentants politiques ou nos médias. Bien qu'il soit, à mon avis, tout à fait essentiel pour voir et comprendre le monde.

L'objectif étant de contribuer à déchiffrer notre environnement et sa complexité. Dans cette perspective je favoriserai, dans la mesure de mes modestes moyens intellectuelles, des approches non Aristotélicienne et basée sur la sémantique générale. C'est à dire libérées d'une logique binaire qui vise à simplifier le raisonnement en s'appuyant sur les principes d'identité/unicité, de thèse/antithèse, cause/conséquence. Je tenterai de valoriser une pensée que A. Korzybski qualifie de multi-ordinale ou poly-valente.

Pour les personnes qui seraient intéressées par cette approche je ne peux que vous conseiller la lecture de A. Korzybski fondateur de la sémantique générale et de la discipline non-aristotélicienne également appelé Non-A (ou Ā). Son livre "Science and Sanity" écrit dans les années 30 ayant récemment été traduit. Il est désormais disponible en français sous le titre "Une carte n'est pas le territoire, L'éclat, 2013, 200p". 

Bien que je n'ai ni la prétention de comprendre dans son ensemble le message de A.K, ni de maitriser les tenants et la aboutissants de sa théorie. Je tenterai de m'appuyer sur son approche pour développer mes idées. Une de mes premières contributions sera sans doute d'ailleurs de publier une liste non exhaustive des "non axiomes" qui me semble constituer les pierres angulaires de cette discipline.

Bonne lecture